
Le Gouvernement Face Au Mur : Report Du Mercosur Et Ultimatum De Trêve
Le bras de fer est lancé. Vendredi, alors que 93 actions agricoles mobilisaient près de 4 000 personnes et 900 engins sur le territoire, l’exécutif a tranché : aucun nouveau blocage ne sera toléré pendant les fêtes. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon l’a martelé sans détour en matinée. Le message est clair, le ton sans appel.
L’annonce du report de l’accord UE-Mercosur aurait pu apaiser les tensions. Elle les cristallise au contraire. Sur le terrain, les tracteurs sont toujours là, les barrages tiennent. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez compte les points en milieu d’après-midi : « La priorité, pour nous, c’est vraiment d’éviter les nouveaux blocages d’axes structurants », insiste-t-il. Mais la mobilisation ne faiblit pas.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Du Sud-Ouest au nord du pays, la colère agricole quadrille les routes. Derrière chaque barrage, une même revendication : stopper l’abattage total des troupeaux infectés par la dermatose nodulaire contagieuse. Le gouvernement refuse de céder, les agriculteurs refusent de plier. Entre les deux, les fêtes de fin d’année s’annoncent électriques.
À Matignon, les négociations ont commencé. Les syndicats défilent, les positions se dessinent. Mais personne ne baisse les armes.

Matignon Sous Pression : 11 Millions Sur La Table, La Dermatose Bovine Au Cœur Du Conflit
Vendredi après-midi, les portes de Matignon s’ouvrent et se referment au rythme des délégations syndicales. Coordination rurale, FNSEA, Confédération paysanne, Jeunes Agriculteurs : tous défilent face au Premier ministre Sébastien Lecornu. L’enjeu ? Trouver une issue à la crise de la dermatose nodulaire contagieuse qui enflamme les campagnes depuis dix jours.
La réponse gouvernementale tombe en soirée dans un courrier consulté par l’AFP. Une enveloppe de 11 millions d’euros est promise aux petits exploitants touchés « pour faire face aux impacts économiques immédiats ». Une aide d’urgence censée calmer le jeu. Mais sur la question qui fâche – l’abattage total des troupeaux infectés –, Lecornu campe sur sa ligne. « N’éliminer que les bovins présentant des symptômes fait courir un risque majeur de propagation du virus », écrit-il noir sur blanc.
Le gouvernement joue la carte scientifique. Une cellule de dialogue entre éleveurs et experts est mise en place pour trancher. Sauf que les agriculteurs, eux, ne veulent plus attendre les avis techniques. Ils exigent l’arrêt immédiat de cette stratégie sanitaire qu’ils jugent aveugle et brutale.
À la sortie des réunions, les positions restent figées. Pas d’engagement ferme, pas de garantie sur l’abattage. Juste une promesse de rendez-vous début janvier et un nouveau Salon de l’agriculture en ligne de mire. La pression monte, mais personne ne lâche.

Syndicats Divisés : Entre Appels À La Bienveillance Et Menaces De Durcissement
Face aux caméras, à la sortie de Matignon, les syndicats affichent des positions radicalement différentes. La Coordination rurale, fer de lance de la contestation dans le Sud-Ouest, surprend en appelant à la « bienveillance » pendant les fêtes. « La population est derrière nous, on ne peut pas se la mettre à dos », lâche Bertrand Venteau, son président. Un appel au calme relatif, sans pour autant exiger la levée des barrages. La CR laisse carte blanche à ses sections départementales. Traduction : chaque département décide de maintenir ou non la pression.
Du côté de la FNSEA, premier syndicat agricole, Arnaud Rousseau accepte une trêve. Mais avec conditions. Il attend un « courrier » listant « l’ensemble des intentions » du gouvernement. Les Jeunes Agriculteurs suivent le mouvement, tout en gardant un ton martial. « Le compte n’y est pas », prévient Pierrick Horel. Rendez-vous pris autour du 8 janvier pour reparler crise viticole, pesticides, accès à l’eau et taxe carbone européenne sur les engrais.
La Confédération paysanne, elle, refuse net de lever quoi que ce soit. Pas question de céder sans engagement formel sur l’arrêt de l’abattage total. Stéphane Galais, porte-parole, évoque des « ouvertures » mais campe sur ses positions. Le front syndical se fissure. D’un côté, ceux qui misent sur le dialogue et la pause hivernale. De l’autre, ceux qui veulent maintenir la pression jusqu’à obtenir satisfaction totale.

Sur Le Terrain : Entre Levée De Barrages Et Menaces De 1 000 Tracteurs Sur Paris
Pendant que les syndicats négocient à Paris, les agriculteurs du Sud-Ouest prennent leurs propres décisions. Vendredi après-midi, plusieurs barrages se démontent. Les tracteurs quittent les ronds-points, libèrent les axes. Un apaisement en trompe-l’œil. Car à Agen, devant 300 personnes rassemblées, la Coordination rurale du Lot-et-Garonne lance un avertissement glacial : « Allez vous reposer. On revient en janvier avec 1 000 tracteurs bloquer Paris. »
L’annonce claque comme une promesse. Les agriculteurs présents applaudissent. La trêve de Noël devient alors une simple pause tactique avant l’escalade. La mobilisation ne faiblit pas, elle se réorganise. Dans l’Oise, Régis Desrumaux annonce des « opérations coups de poing » pendant les fêtes, avec cette précision : elles « n’embêteront pas les gens qui partent en vacances ». Comprenez : les actions cibleront d’autres points névralgiques.
Plus au nord, des rassemblements éclatent au Touquet et à Alençon. Là-bas, les agriculteurs rappellent que la dermatose bovine n’est qu’un déclencheur. Derrière, il y a la crise viticole, les prix des engrais, l’accès aux pesticides. Un malaise profond que les 11 millions d’euros promis ne suffiront pas à éteindre. Le terrain reste bouillonnant. Les syndicats peuvent bien appeler à la trêve, les bases décident. Et pour l’instant, elles préparent la suite.