Du Terrain De Foot Aux Planches : Le Déclic D’une Génération
La scène est banale. Fin des années 1990, un jeune homme regarde Canal+. Sur l’écran, Jamel Debbouze fait rire la France. L’information qui suit frappe Booder comme une révélation : « On me dit qu’il fait rire et qu’il a une Ferrari ». Ce jour-là, tout bascule.
Lui se destinait au football. Mais le destin décide autrement. Face à cette nouvelle génération d’humoristes qui explose – Jamel, Éric et Ramzy, Gad Elmaleh –, une question obsédante s’impose : pourquoi pas lui ?
Avec deux amis d’enfance, Magid et Taric Temar, il monte Les 100 amis. Un petit groupe humoristique, des sketchs écrits sur un coin de table, des parodies de publicités. Rien de professionnel, juste l’envie brute de tenter sa chance.
« Foutu pour foutu, pourquoi pas ? Pourquoi eux et pas moi ? », raconte-t-il au micro de Frédéric Lopez. Cette phrase résume tout : pas d’illusions, pas de plan de carrière, juste une détermination frontale.
Sauf que la réalité rattrape vite les trois compères. Les salles restent vides. L’argent manque cruellement. Le rêve se heurte aux portes closes et aux programmateurs indifférents.
La Galère Des Débuts : Flyers, Parkings Et Salles Vides
Face aux portes closes, Booder redouble d’imagination. Sa stratégie pour se faire repérer ? Imprimer cinquante flyers et les glisser sur les pare-brises des belles voitures des Champs-Élysées. Dans son esprit, un producteur tombera forcément dessus.
L’idée paraît naïve. Elle l’est. Mais elle traduit surtout le désespoir d’un artiste prêt à tout pour exister.
Les mois passent. Booder monte son premier spectacle solo, Momo en solo. Le soir de la première, il compte les spectateurs. Huit. « Dans les huit, il y en a six qui sont venus parce qu’il faisait chaud dehors, et les deux autres étaient des cousins », raconte-t-il avec autodérision.
La scène est glaçante. Jouer devant une salle quasi vide, enchaîner les vannes sans écho, sentir le regard fuyant des rares présents. C’est la réalité brutale du métier : pas de piston, pas de reconnaissance, juste le vide.
Pourtant, Booder ne lâche rien. Chaque soir, il remonte sur scène. Chaque jour, il distribue ses flyers. L’abandon effleure son esprit, mais jamais ne s’impose vraiment.
Jusqu’à ce qu’un ami, Rachidali, organise un spectacle à l’Espace Jemmapes. Dans la salle, ce soir-là, se trouve Mathieu Kassovitz.
L’Ascension Fulgurante : Quand Kassovitz Change Tout
Ce soir-là, après le spectacle, Mathieu Kassovitz vient directement vers lui. « Tu as du talent. Si ça marche, on rigole. Si ça ne marche pas, on rigole », lui lance le réalisateur.
La phrase sonne comme une bénédiction. Un sésame. Kassovitz croit en lui, et ça change tout.
La machine se met en route. En moins d’un an, Booder enchaîne les premières parties, les passages télé, les articles de presse. « Tout s’est emballé », résume-t-il. Le téléphone sonne enfin. Les propositions affluent. Les salles se remplissent.
Le cinéma lui ouvre ses portes. Son rôle dans Neuilly sa mère ! rencontre un vrai succès public. Booder découvre la reconnaissance, les cachets, la lumière médiatique. Après des années de galère, il goûte enfin aux fruits de son obstination.
Mais la suite s’avère moins glorieuse. Les projets suivants peinent à décoller. La visibilité s’effrite progressivement. « C’est comme un ascenseur qui descend du 11e étage », décrit-il.
L’image est brutale. Elle dit tout du vertige de la chute. Hier encore sous les projecteurs, demain déjà oublié. Le contraste frappe violemment.
Et bientôt, le téléphone cesse de sonner.
Quatre Ans Au RSA : Entre Reconnaissance Publique Et Frigo Vide
« Mon téléphone ne sonnait plus », résume Booder. La phrase est simple, mais elle dit tout. Plus d’appels, plus de projets, plus rien.
Au même moment, son fils vient de naître. Les responsabilités deviennent concrètes, urgentes. « Il faut vivre avec ça. Et surtout il faut nourrir son enfant », confie-t-il à Frédéric Lopez.
Pendant quatre ans, l’acteur survit grâce au RSA. Quatre années où le décalage devient absurde, presque cruel. « Sur la route pour mes rendez-vous au RSA, des gens me demandaient des photos. Ils ne savaient pas où j’allais », raconte-t-il.
Le contraste glace. Des admirateurs l’arrêtent dans la rue, persuadés qu’il roule sur l’or. À un feu rouge, des jeunes l’interpellent : « Elle est où la Porsche ? » Lui conduit la voiture de son père.
L’image publique ne colle plus à la réalité. Mais Booder refuse de sombrer. Il accepte des emplois de nuit, notamment dans la gestion de stocks à Rungis. « Les gens me regardaient en se demandant si c’était vraiment moi », se souvient-il.
Pas le choix. « Il fallait que je remplisse mon frigo », martèle-t-il. Cette détermination finira par payer. Son one-man-show Booder is back marquera son retour sur le devant de la scène.