« C’est une excellente chose »: Donald Trump se dit favorable à l’idée d’un péage dans le détroit d’Ormuz et imagine le gérer sous forme de « coentreprise » avec l’Iran




Le président américain a déclaré à ABC News qu’un système de péage au niveau du détroit d’Ormuz serait « une excellente chose ».

Il faut se pincer pour y croire. Interrogé mercredi après l’annonce d’un cessez-le-feu par un journaliste américain d’ABC News, Donald Trump a estimé qu’un péage iranien au niveau du détroit d’Ormuz serait « une excellente chose ».

« Nous envisageons de le faire sous forme de coentreprise. C’est un moyen de sécuriser la voie », a même estimé le président américain.

Contrairement à la situation d’avant-guerre, le passage par le détroit d’Ormuz n’est pas libre, il est contrôlé de fait par l’Iran qui menace de bombarder les navires ne respectant pas ses exigences. Ces dernières semaines, Téhéran a bricolé un système permettant à certains bateaux d’effectuer la traversée en longeant ses côtes. Certaines sources laissent entendre que les autorités voudraient le pérenniser.

Actuellement, les bateaux affiliés à des pays n’ayant pas passé d’accord avec l’Iran doivent payer s’ils veulent passer. Les prix semblent varier en fonction de l’opérateur et de sa nationalité, mais certains ont dû s’acquitter de deux millions de dollars, selon le média spécialisé Lloyd’s List. Ce dernier précise que les frais sont souvent réglés en cryptomonnaies et en yuan (la monnaie chinoise).

Si ce système devait perdurer, ce serait un changement majeur pour les États-Unis, dont l’armée assurait la « liberté de navigation » sur les mers du monde depuis 1945, et surtout depuis la chute de l’URSS, contribuant à donner au pays une influence sans égale. Le tournant serait aussi considérable pour le Moyen-Orient et le reste du monde.

Paris redoute le péage

La France s’oppose à cette issue. « Non, ce n’est pas acceptable parce que la liberté de navigation dans les eaux internationales est un bien commun, un bien commun de l’humanité qui ne doit être contrariée par aucune entrave et aucun droit de passage », a déclaré jeudi le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot sur France Inter.

Au Moyen-Orient, les autres pays exportateurs devraient eux aussi y être hostiles. « Permettre à l’Iran d’exercer un quelconque contrôle sur le détroit serait une ligne rouge. La priorité absolue doit être un accès sans entrave », estime Ali Shihabi, commentateur proche de la cour royale saoudienne, dans le Financial Times. Même si elle dispose d’un oléoduc permettant d’acheminer une partie de son pétrole vers la mer Rouge par la terre, l’Arabie Saoudite reste dépendante du détroit pour ses exportations. Cet oéloduc a en outre été visé par des bombardements.

Jeudi, le trafic maritime est largement interrompu dans le détroit d’Ormuz. La plupart des armateurs attendent des informations plus précises et de véritables garanties avant de s’engager dans le détroit. « Pour que les armateurs considèrent qu’il est suffisamment sûr de quitter le golfe Persique, il faudra mettre en place un régime de transit, si l’on peut dire, très probablement sous l’égide de plusieurs États et peut‑être même de l’ONU », considère Jakob P. Larsen, responsable de la sécurité de Bimco, une association de transporteurs dont les membres contrôlent deux tiers de la capacité mondiale de fret, interrogé par BFM Business.