Le Coup De Gueule D’Un Boulanger De Dreux
La scène se répète quotidiennement dans sa boulangerie. Un client pousse la porte, s’approche du comptoir, et lâche cette phrase qui fait grincer des dents : « Je voudrais un croissant ordinaire, s’il vous plaît. » Pour le patron de la boulangerie Wulbrecht à Dreux, c’en est trop. Il a décidé de briser le silence sur Facebook.
« Certains clients me demandent des fois un croissant ‘ordinaire’ », confie l’artisan, visiblement agacé. Mais au fond, ces clients mal informés savent-ils exactement ce qu’est un croissant ‘ordinaire’ ? « Non, ils l’ignorent complètement », tranche-t-il sans détour.
La croyance populaire veut que ce fameux croissant soit moins gras, plus léger, meilleur pour la ligne. Une idée reçue tenace qui exaspère le professionnel. Quand il interroge ses clients sur ce qui justifie leur demande, la réponse tombe invariablement : moins de matières grasses. Une conviction totalement erronée qui révèle une méconnaissance profonde de la réalité.
Ce ras-le-bol témoigne d’un malaise plus large dans la profession. Les boulangers-pâtissiers, pourtant plébiscités par 75 % des Français selon une étude Statista, peinent à faire comprendre leur métier. Derrière le comptoir, la frustration monte face à ces demandes qui valorisent l’économie au détriment de la qualité.
La Vraie Différence Entre Les Deux Croissants
La réponse du boulanger tombe comme un couperet. « La différence entre un croissant au beurre et un ordinaire, est juste dans la matière grasse utilisée pour sa fabrication : du beurre pour le croissant au beurre (facile) ou de la margarine dans le croissant ordinaire (et là ça se complique!) »
L’information fait l’effet d’une bombe : ces deux ingrédients affichent exactement la même teneur en matière grasse, entre 80 et 84 %. Le mythe du croissant ordinaire « moins gras » s’effondre instantanément. Aucune différence calorique, aucun avantage diététique. Juste une composition radicalement opposée.
« Pour le beurre, c’est facile, on utilise (et cela depuis près de 6500 ans) la matière grasse du lait de vache », détaille l’artisan. Un produit simple, noble, traçable. Une tradition millénaire inscrite dans l’histoire de la gastronomie française.
Pour la margarine, c’est une tout autre histoire. « C’est beaucoup plus compliqué, mais surtout ‘opaque’ », confie le professionnel. La formulation change selon les fabricants, les marques, les gammes de prix. Une nébuleuse d’ingrédients dont la composition exacte reste floue pour le consommateur.
