États-Unis : jusqu’à 10 ans de prison pour les traitements de transition des mineurs transgenres

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L’Adoption D’Une Loi Choc À La Chambre Des Représentants

L’hémicycle est sous tension. Mercredi 17 décembre, la Chambre des représentants américaine tranche : 216 voix pour, 211 contre. La proposition de loi interdisant les traitements de transition pour les mineurs transgenres est adoptée. Un vote serré qui divise l’Amérique en deux blocs irréconciliables.

Derrière ce texte, une figure de la droite radicale : Marjorie Taylor Greene. Depuis le pupitre de l’hémicycle, l’élue ne mâche pas ses mots. « Cette proposition de loi importante mettra fin aux mutilations génitales et à la castration chimique d’enfants », déclare-t-elle face aux caméras. Un vocabulaire choc qui donne le ton du combat politique.

Le texte file maintenant vers le Sénat pour approbation finale. Mais son contenu fait déjà trembler. La proposition interdit toute opération visant à modifier le corps d’un mineur pour le faire correspondre à un sexe différent de son sexe biologique. Les médecins qui effectuent ou tentent d’effectuer de tels actes risquent gros : jusqu’à 10 ans de prison.

Pour Greene, cette loi n’est pas un hasard. « C’est un reflet direct du décret du président Trump et des promesses de campagne de chaque républicain en 2024 », affirme-t-elle. Le message est clair : ce vote s’inscrit dans une offensive politique plus large.

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Un Arsenal Législatif Répressif Contre Les Transitions De Mineurs

Le texte ne laisse aucune place au flou. La proposition Greene interdit toute une série d’opérations : chirurgies de réassignation sexuelle, mastectomies, prescriptions de bloqueurs de puberté, traitements hormonaux. Dès qu’un acte médical vise à modifier le corps d’un mineur pour l’aligner sur un genre différent de son sexe biologique, il tombe sous le coup de la loi.

Les sanctions tombent comme un couperet. Les médecins, chirurgiens ou professionnels de santé qui effectuent ou tentent d’effectuer ces interventions encourent jusqu’à 10 ans de prison. Peu importe le consentement parental, peu importe l’avis des psychiatres suivant l’enfant. La loi fédérale s’impose, inflexible.

Pour Marjorie Taylor Greene, ce vote scelle un engagement pris devant les électeurs. « Ce texte est un reflet direct du décret du président Trump et des promesses de campagne de chaque républicain en 2024 », martèle-t-elle. La stratégie républicaine se dévoile : transformer cette interdiction en victoire politique majeure, symbole du retour aux valeurs conservatrices.

Le texte s’inscrit dans une vague législative plus large. Depuis son retour au pouvoir, Trump multiplie les coups contre les personnes transgenres : exclusion des forces armées, suppression de subventions aux écoles accueillant des athlètes trans. Cette nouvelle loi en est l’aboutissement le plus radical. Et les opposants ne comptent pas se taire.

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La Riposte Des Défenseurs Des Droits LGBT+ Et L’Offensive Trump

La réaction ne se fait pas attendre. Sur les marches du Capitole, Sarah McBride, première élue transgenre au Congrès, contre-attaque sans détour. « La seule chose qui compte pour les politiciens républicains, c’est de rendre les riches plus riches et de s’attaquer aux personnes trans », lâche-t-elle devant la presse mercredi. Ses mots cinglent, portés par la colère d’une communauté qui voit ses droits s’effriter.

Les associations de défense des droits LGBT+ montent au créneau. A4TE, organisation de défense des personnes transgenres, dénonce une « atteinte aux libertés » et accuse le texte de Greene de « retirer à la fois aux personnes transgenres et aux personnes intersexes leurs libertés de prendre des décisions sur leurs propres corps ». La bataille juridique et médiatique s’annonce féroce.

Car ce texte n’est que la dernière pierre d’un édifice répressif construit depuis le retour de Trump. Le président républicain a déjà exclu les personnes transgenres des forces armées, supprimé les subventions aux écoles soutenant les athlètes trans. Chaque mesure cible, isole, marginalise. La stratégie est claire : effacer progressivement toute reconnaissance institutionnelle des personnes trans.

Pour les défenseurs des droits, le signal est glaçant. Cette loi ne protège pas les enfants, elle criminalise des soins médicaux. Mais une contradiction dans le texte vient nourrir encore davantage la controverse.

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La Faille Intersexe Qui Fait Polémique

Le texte révèle une exception troublante. Alors qu’il criminalise les traitements pour mineurs transgenres, la proposition de loi autorise explicitement les opérations chirurgicales sur les enfants intersexes, nés avec des attributs à la fois féminins et masculins. Une distinction qui fait bondir les associations.

« Le texte de Marjorie Taylor Greene criminalise des traitements que les jeunes trans, leurs familles, leurs docteurs, et quasiment chaque association professionnelle légitime considèrent comme nécessaires, sûrs, et bénéfiques », dénonce Sinead Murano-Kinney d’A4TE dans un communiqué cinglant. La suite frappe encore plus fort : le texte soutient « explicitement des opérations irréversibles et non-consenties sur des enfants intersexes ».

Le paradoxe saute aux yeux. D’un côté, le texte brandit la protection de l’enfance pour interdire des soins médicaux encadrés, soutenus par les familles et validés par la communauté médicale. De l’autre, il autorise des interventions chirurgicales sur des nourrissons ou de jeunes enfants intersexes, incapables de consentir, souvent pratiquées pour « normaliser » leur apparence selon des critères binaires.

Cette contradiction nourrit l’accusation d’hypocrisie. Pour les défenseurs des droits LGBT+, le message est limpide : ce texte ne vise pas à protéger les enfants, mais à effacer l’existence des personnes transgenres du paysage médical et social américain.