Frédéric Péchier condamné à perpétuité pour 30 empoisonnements dont 12 mortels : 22 ans de sûreté pour l’anesthésiste

Image d'illustration © Buzzday
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L’Empoisonneur En Blouse Blanche : Un Verdict Sans Appel

Ce jeudi, la cour d’assises du Doubs a scellé le destin de Frédéric Péchier. Perpétuité. Avec une période de sûreté de 22 ans. L’anesthésiste de 53 ans est reconnu coupable de l’intégralité des 30 empoisonnements qui lui étaient reprochés, dont 12 ont été mortels. Un verdict implacable qui tombe après plus de trois mois d’un procès hors norme.

La sentence est à la hauteur de l’horreur des faits. L’accusation l’avait qualifié d’« un des plus grands criminels de l’histoire », un médecin qui « a utilisé la médecine pour tuer ». La cour a suivi ces réquisitions. Depuis lundi après-midi, les magistrats délibéraient dans un lieu tenu secret. Pendant ce temps, Péchier, qui comparaissait libre depuis le 8 septembre, attendait chez lui à Besançon, à disposition de la justice.

Le couperet est tombé. La perpétuité, c’est la peine maximale. Elle dit l’ampleur du massacre perpétré en milieu hospitalier, là où les patients viennent chercher la guérison. Frédéric Péchier a empoisonné ceux qui lui faisaient confiance, transformant les salles de réveil en scènes de crime. La période de sûreté de 22 ans signifie qu’il ne pourra prétendre à aucun aménagement de peine avant cet âge avancé.

Un verdict sans appel, du moins dans sa symbolique. Car l’histoire judiciaire n’est pas terminée.

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Trois Mois D’Audience Pour Juger L’Injugeable

15 semaines d’audience. Depuis le 8 septembre, la cour d’assises de Besançon a plongé dans un dossier hors du commun. Dense, technique, éprouvant. Les témoignages des victimes se sont succédé, déchirants. Face à eux, un accusé qui alterne entre froideur clinique et moments de fragilité. Des échanges tendus, des silences pesants, une atmosphère électrique.

L’accusation n’a pas hésité à employer les mots les plus durs. Frédéric Péchier a « utilisé la médecine pour tuer », a-t-elle martelé en requérant la perpétuité. Un médecin devenu serial killer, qui a transformé son savoir en arme létale. Les réquisitions reflètent l’ampleur du crime : 30 empoisonnements, 12 morts, dans des cliniques privées où les patients venaient chercher des soins.

Face à cette violence judiciaire, la défense a opposé un mur. Me Randall Schwerdorffer, l’avocat de Péchier, s’est dit « convaincu de son innocence ». Il a réclamé l’acquittement « pur et simple », invoquant l’absence de preuves irréfutables. Un gouffre sépare les deux camps : d’un côté, la certitude d’un monstre en blouse blanche. De l’autre, l’argument du doute raisonnable.

Entre ces deux visions antagonistes, la cour a dû trancher. Et elle l’a fait sans nuance.

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« Je Ne Suis Pas Un Empoisonneur » : L’Accusé Campé Sur Ses Positions

Ce gouffre, Frédéric Péchier n’a jamais voulu le franchir. Lundi, lors de sa dernière prise de parole, il a prononcé ces mots une ultime fois : « Je ne suis pas un empoisonneur ». La même phrase, répétée pendant trois mois et demi. Une ligne de défense immuable, imperméable aux témoignages, aux expertises, aux accusations.

L’anesthésiste a pourtant concédé un point troublant : oui, un empoisonneur a bien sévi dans la clinique. Mais pas lui. Jamais lui. Cette reconnaissance partielle n’a fait qu’accentuer le malaise. Si ce n’est pas lui, alors qui ? La question est restée sans réponse convaincante.

Pendant ces semaines d’audience, deux portraits contradictoires se sont dessinés. D’un côté, le tueur en série glacial, dénué d’empathie, qui a froidement injecté des substances mortelles à ses patients. De l’autre, l’image d’un « homme détruit », broyé par une accusation qu’il juge injuste. Quelle version croire ? Les jurés ont tranché : aucune des deux ne pouvait effacer les 30 vies empoisonnées.

Jusqu’au dernier instant, Péchier a maintenu son déni. Un déni qui, désormais, devra composer avec 22 ans de période de sûreté et une condamnation à perpétuité.

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La Bataille Judiciaire N’est Pas Terminée

Malgré le verdict, l’histoire ne s’arrête pas là. Frédéric Péchier a immédiatement annoncé son intention de faire appel. La machine judiciaire va donc repartir, prolongeant encore l’attente insoutenable des familles des victimes. Une nouvelle audience, un nouveau procès, de nouveaux témoignages à revivre.

Détail troublant : depuis le 8 septembre, l’anesthésiste a comparu libre. Pendant trois mois et demi, il a assisté aux audiences sans menottes, rentrant chaque soir dans son logement de Besançon. Pendant la délibération, depuis lundi, il est resté à disposition de la justice dans ce même appartement. Une liberté provisoire qui contraste violemment avec la gravité des faits reprochés.

L’ampleur du dossier glace le sang. Trente patients empoisonnés dans deux cliniques privées. Douze d’entre eux n’ont pas survécu. Des chiffres qui font de cette affaire l’une des plus meurtrières de l’histoire médicale française. Des vies brisées par un homme censé les protéger, des familles dévastées par une trahison absolue du serment d’Hippocrate.

L’appel annoncé rouvre une plaie à peine refermée. Les victimes et leurs proches devront revivre ce cauchemar. La justice aura-t-elle à nouveau le dernier mot ?