L’actrice Claire Maurier, vue dans Amélie Poulain et Un air de famille, est décédée à l’âge de 97 ans

Le cinéma français perd l’une de ses grandes figures discrètes mais inoubliables. L’actrice Claire Maurier est décédée dimanche 3 mai 2026 à l’âge de 97 ans, a annoncé son mari à l’AFP. Connue du grand public pour ses nombreux seconds rôles marquants au cinéma, au théâtre et à la télévision, elle laisse derrière elle une carrière exceptionnelle de plus de soixante-dix ans.

Si son visage était familier à plusieurs générations de spectateurs, beaucoup se souviennent surtout d’elle pour son rôle dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, où elle incarnait Suzanne, la patronne du célèbre bistrot de Montmartre dans lequel travaillait Amélie, interprétée par Audrey Tautou.

Mais bien avant ce succès mondial, Claire Maurier avait déjà construit une carrière immense auprès des plus grands noms du cinéma français.

Née Odette Agramon en 1929 à Céret, dans les Pyrénées-Orientales, elle choisit très tôt le nom de scène Claire Maurier et débute sa carrière au théâtre au début des années 1950. Passionnée par la scène, elle s’impose rapidement grâce à son élégance, sa justesse de jeu et sa capacité à donner une profondeur particulière à chacun de ses personnages.

Très vite, elle se tourne également vers la télévision et le cinéma, à une époque où le paysage audiovisuel français connaît une véritable révolution artistique.

C’est en 1959 que sa carrière prend un tournant majeur grâce à François Truffaut. Le célèbre réalisateur de la Nouvelle Vague lui offre un rôle important dans Les Quatre Cents Coups, film devenu aujourd’hui l’un des chefs-d’œuvre absolus du cinéma français.

Claire Maurier y interprète Gilberte Doinel, la mère d’Antoine Doinel, personnage joué par Jean-Pierre Léaud. Son rôle de mère complexe, distante et parfois cruelle marque durablement les spectateurs et contribue au succès du film à travers le monde.

Ce premier grand rôle ouvre alors les portes d’une carrière riche et variée.

Contrairement à certains acteurs spécialisés dans un seul registre, Claire Maurier navigue avec aisance entre le cinéma d’auteur et les grandes comédies populaires françaises.

Dans les années 1960, elle tourne notamment dans La Cuisine au beurre aux côtés de deux monstres sacrés du cinéma français : Fernandel et Bourvil. Le film devient un immense succès populaire.

Quelques années plus tard, elle partage également l’écran avec Louis de Funès dans Jo, confirmant sa place parmi les actrices incontournables du cinéma français de l’époque.

Mais c’est surtout dans La Cage aux folles qu’elle atteint l’un de ses sommets artistiques. Dans cette comédie devenue culte, sortie à la fin des années 1970, Claire Maurier livre une performance restée gravée dans les mémoires.

Le film connaît un succès phénoménal non seulement en France mais aussi à l’international, notamment aux États-Unis, où il devient une référence du cinéma français.

Sa carrière continue ensuite de s’enrichir avec des rôles plus dramatiques. En 1981, elle obtient une nomination au César de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa prestation dans Un mauvais fils de Claude Sautet, où elle joue aux côtés de Patrick Dewaere et Brigitte Fossey.

Malgré sa discrétion médiatique, Claire Maurier était très respectée dans le milieu artistique pour son immense talent et sa longévité exceptionnelle.

Parallèlement au cinéma, elle reste très attachée au théâtre. Elle monte régulièrement sur scène et participe notamment à Un air de famille, pièce culte écrite par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri.

Puis, au début des années 2000, une nouvelle génération découvre son visage grâce à Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet.

Dans ce film devenu culte dans le monde entier, elle interprète Suzanne, ancienne danseuse équestre devenue patronne d’un petit café parisien. Son personnage tendre, mélancolique et profondément humain touche le public et participe à l’atmosphère unique du film.

Ce rôle offre à Claire Maurier un retour remarqué auprès du grand public et permet à de nombreux jeunes spectateurs de découvrir l’immense carrière de cette actrice discrète mais essentielle du cinéma français.

L’un de ses derniers grands rôles au cinéma remonte à 2010 dans La Tête en friche de Jean Becker, où elle partage l’affiche avec Gérard Depardieu.

Avec la disparition de Claire Maurier, c’est toute une époque du cinéma français qui s’efface peu à peu. Une carrière admirable, marquée par l’élégance, la discrétion et une incroyable fidélité au métier d’actrice.