
L’Enfant Sous Les Flashs : Une Naissance Sur Papier Glacé
1983. Johnny Hallyday et Nathalie Baye font la couverture de Paris Match avec leur nouveau-né dans les bras. La petite Laura n’a que quelques jours. Cette photo culte, devenue emblématique d’une époque, scelle le destin médiatique de l’enfant avant même qu’elle ne puisse en décider.
Quarante ans plus tard, Laura Smet pose son regard d’adulte sur ce cliché. Le mot qu’elle choisit est sans appel : « malsain ». Un qualificatif qui tranche avec le glamour du souvenir. Car derrière l’image léchée se cache une réalité moins reluisante. Celle d’un bébé exposé au grand public dès sa naissance, instrumentalisé malgré lui par la notoriété de ses géniteurs.
La fille du rockstar ne mâche pas ses mots. Cette surexposition précoce l’a marquée au fer rouge. « Écrasée par le poids de la célébrité parentale », elle refuse aujourd’hui de reproduire ce schéma avec son propre enfant. Pas question d’exposer sa progéniture comme elle l’a été.
Pourtant, en grandissant, Laura Smet va tenter l’impossible : tracer sa route loin des projecteurs qui l’ont éblouie dès le berceau. Un combat contre l’ombre du père qui façonnera toute sa vie d’adulte.

L’Émancipation Par Le Cinéma : Quand Laura Écrase Son Nom
Fuir l’héritage passe par le choix d’un terrain vierge. Laura Smet ne touchera jamais à la chanson. Elle opte pour le cinéma, univers de sa mère mais territoire qu’elle va conquérir seule. Pas encore 20 ans qu’Olivier Assayas, sommité du cinéma d’auteur français, la repère en 2002.
Un an plus tard, tout bascule. Xavier Giannoli lui confie le rôle principal des Corps impatients. Un drame érotique brut, chronique ordinaire sur fond de relation charnelle et de cancer. Laura Smet s’y jette corps et âme, tripes à l’air. Le film est difficile, intimiste, carrément intime. Elle y donne tout ce qu’elle a.
La récompense ne se fait pas attendre. Le prix Romy-Schneider vient couronner cette performance incandescente. Le César lui échappe face à Julie Depardieu dans La Petite Lili, mais qu’importe. À 20 ans, Laura Smet enfonce les portes du cinéma tricolore à grands coups de bélier.
Le pari est gagné. Fini « la fille de Johnny ». Place à l’actrice reconnue pour son talent propre. Elle poursuit une carrière exemplaire, rôle après rôle, faisant oublier le poids de son patronyme. L’ombre du père recule enfin. Jusqu’à ce que la maladie ne vienne tout bouleverser, rappelant Laura à son lien le plus profond.

Les Derniers Concerts D’Un Géant Malade : Johnny Sous Oxygène
2017. Johnny Hallyday enchaîne les dates d’une tournée qui sera la dernière. Sur scène, le monstre sacre donne tout pendant deux à trois heures d’affilée. Dans les coulisses, la réalité est glaçante : de l’oxygène à portée de main, un corps rongé par le cancer du poumon, 74 ans qui pèsent lourd.
Laura Smet l’a vu de près, ce combat silencieux. « Je ne l’ai jamais vu se plaindre », confie-t-elle dans le documentaire Hallyday par David diffusé sur M6 le 10 décembre 2025. Pas un mot sur la douleur. Pas une grimace visible pour le public. Johnny monte sur scène malade, redescend épuisé, et recommence le lendemain.
Le cancer finit par l’emporter en décembre 2017. Mais jusqu’au bout, il aura tenu debout face aux projecteurs. « Je l’ai toujours vu faire les choses pour les autres. Donner du bonheur aux gens, donner, donner, donner ! », raconte sa fille. Même agonisant, Johnny refusait qu’on le plaigne. Quand on s’émerveillait de son courage, il coupait court : « Ça va, ne commencez pas ! »
Cette abnégation totale révèle l’homme derrière l’idole. Un homme qui préférait s’effacer plutôt que d’encombrer les autres de sa souffrance. Un paradoxe pour celui qui a passé sa vie sous les feux de la rampe.

L’Homme Derrière La Légende : « Il Ne Voulait Pas Qu’On Parle De Lui »
Ce paradoxe définit Johnny Hallyday tout entier. L’homme qui a rempli des stades refuse qu’on s’attarde sur sa personne. Dans Hallyday par David, documentaire M6 diffusé le 10 décembre 2025, Laura Smet lève le voile sur cette discrétion surprenante.
« Il ne voulait pas que l’on parle de lui », confie-t-elle aux côtés de Pascal Obispo et Florent Pagny. Johnny donnait sans compter, inondait les gens de bonheur, puis détournait le regard quand on saluait son dévouement. « Ça va, ne commencez pas ! », répondait-il invariablement. Comme gêné par la reconnaissance qu’on lui témoignait.
Huit ans après sa disparition, Laura Smet trouve les mots justes pour décrire son père. « C’était la personne que j’aimais le plus au monde, que je respectais le plus et que j’admirais le plus surtout », déclare-t-elle dans le documentaire consacré à David. La voix se fait plus grave : « C’était très compliqué… Il avait une âme incroyable, très très grande. »
Cette âme immense, Laura Smet en a gardé l’empreinte. Comme si une part de Johnny continuait de vivre à travers elle. Un héritage qui dépasse largement le patronyme Smet gravé sur les papiers d’identité. Un lien charnel qui survit au silence des tombes.