
L’Ex-Président Derrière Les Barreaux : Une Première Dans L’Histoire De France
30 septembre 2025. Les portes de la prison de la Santé se referment sur Nicolas Sarkozy. La scène est glaçante. L’ancien chef de l’État, qui a dirigé la France de 2007 à 2012, devient le premier président de la République à connaître l’incarcération. Condamné dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, il passe du palais de l’Élysée à une cellule de prison.
Vingt jours durant, Sarkozy vit une expérience sans précédent dans l’histoire politique française. Derrière les barreaux, il observe, il note, il rumine. La chute est vertigineuse pour cet homme habitué aux dorures du pouvoir, aux voyages officiels, aux sommets internationaux. Désormais, c’est le quotidien carcéral qui rythme ses journées.
Le 20 octobre, il retrouve la liberté, mais sous contrôle judiciaire strict. Les contraintes sont lourdes, la surveillance permanente. Sarkozy n’est pas du genre à se taire. Le 10 décembre 2025, il publie Le journal d’un prisonnier, un témoignage brut de ces vingt jours d’enfermement. Dans ce livre, l’ex-président ne se contente pas de raconter sa détention. Il règle aussi ses comptes. Et certains noms apparaissent, ciblés avec une précision chirurgicale : Éric Dupond-Moretti et Thierry Herzog sont dans le viseur.

Dupont-Moretti, Le Ténor Du Barreau Écarté Sans Hésitation
Dans les coulisses de sa défense, Sarkozy raconte un épisode révélateur. Un proche lui suggère de confier son sort à Éric Dupond-Moretti, ancien ministre de la Justice et figure éminente du barreau français. La réponse de l’ex-président tombe, cinglante : « Je déclinais sans aucun état d’âme cette étrange proposition. »
Le rejet est brutal, presque méprisant. Sarkozy qualifie Dupond-Moretti d’« avocat le plus détesté des magistrats ». Pour lui, choisir un tel défenseur aurait été une erreur stratégique majeure. Trop visible, trop polarisant, trop clivant. Dans un dossier aussi sensible, l’ancien président refuse de miser sur une personnalité controversée qui cristallise les tensions avec l’institution judiciaire.
Mais au-delà de la tactique, ce refus est symbolique. Sarkozy estime que la machine judiciaire était déjà lancée, irrémédiable. Aucun avocat, aussi brillant soit-il, n’aurait pu inverser le cours des choses. « Aucun talent, aussi exceptionnel soit-il, ne pouvait enrayer cette mécanique implacable », écrit-il dans son journal.
Ce passage dévoile une conviction profonde : celle d’un homme persuadé d’avoir été broyé par un système qui avait décidé de sa chute. Dupond-Moretti, avec sa réputation sulfureuse, n’aurait fait qu’aggraver les choses. Alors Sarkozy a préféré un autre chemin. Un choix qui, rétrospectivement, révèle aussi ses doutes sur l’issue du procès.

Thierry Herzog, L’Ami Trahi Dans Les Pages Du Livre
Mais le coup le plus violent, Sarkozy le réserve à un autre homme : Thierry Herzog. Son avocat historique. Son ami de toujours. Celui qui l’a défendu dans toutes ses batailles judiciaires, qui a partagé ses angoisses, ses stratégies, ses confidences. Dans *Le journal d’un prisonnier*, l’ex-président lui règle son compte sans ménagement.
L’aveu est brutal : « Notre relation m’a aveuglé », écrit Sarkozy. L’amitié aurait pris le pas sur la lucidité. Le lien personnel aurait brouillé son jugement stratégique. En clair, faire confiance à Herzog aurait été une erreur. Une erreur qu’il paie aujourd’hui.
Sarkozy va plus loin. Il évoque des « insuffisances », des « erreurs » dans la défense. Il laisse entendre que Herzog n’était pas à la hauteur du défi judiciaire. Que face à la complexité du dossier libyen, l’avocat a failli. Une charge frontale, d’autant plus violente qu’elle vient d’un homme que Herzog a soutenu pendant des années, souvent au prix de sa propre réputation.
Dans le milieu juridique, la stupeur est totale. De nombreux confrères dénoncent un désaveu public, un coup bas envers un homme resté loyal jusqu’au bout. Mais pour Sarkozy, ce livre est aussi une arme. En nommant les responsables présumés de ses déboires, il tente de reprendre la main sur son récit. Quitte à brûler les ponts avec ses plus fidèles alliés.

Onde De Choc Dans Le Milieu Juridique : Reprendre La Main Sur Son Récit
Les révélations de Sarkozy ne passent pas inaperçues. Dans les cabinets parisiens, les réactions fusent. Violentes, parfois indignées. Beaucoup d’avocats y voient un coup bas inacceptable. Désavouer publiquement celui qui vous a défendu pendant des années, c’est briser un code tacite du barreau. C’est trahir une loyauté que rien ne justifie d’exposer ainsi.
Certains confrères d’Herzog montent au créneau. Ils dénoncent l’ingratitude de l’ex-président, son acharnement à rejeter la faute sur d’autres. « On ne salit pas celui qui a tout donné pour vous », confie l’un d’eux sous couvert d’anonymat. Le malaise est palpable. D’autant que Herzog, discret par nature, ne répond pas. Son silence en dit long.
Mais Sarkozy, lui, ne recule pas. Ce livre n’est pas qu’un témoignage : c’est une stratégie. En exposant ses doutes, en nommant ceux qu’il juge responsables, il tente de reprendre le contrôle de son histoire. De sortir du rôle de condamné passif pour redevenir acteur de son propre récit. Il sait que l’opinion publique se construit aussi dans les pages, pas seulement dans les prétoires.
Le prix à payer ? L’éloignement d’alliés historiques. Des ponts brûlés, des amitiés sacrifiées. Mais pour Sarkozy, visiblement, le jeu en vaut la chandelle. Réécrire l’histoire à sa manière, même au prix de la solitude.