Pierre Perret reprend Bertrand Chameroy sur le sens de “moulana” dans “C à vous”

L’Invitation De Pierre Perret Sur Le Plateau De C À Vous

La scène se passe ce jeudi soir sur France 5. Pierre Perret pousse la porte du plateau de C à vous, accueilli par Anne-Elisabeth Lemoine et sa bande. L’agenda de l’artiste est chargé, mais ce soir, c’est pour parler de son actualité éditoriale : deux livres-CD, Les Femmes et Mes Enfants, accompagnés d’un ouvrage baptisé Mémé Anna. Le chanteur se prête au jeu des questions avec cette simplicité qui fait sa marque.

Les chroniqueurs l’interrogent sur ses plus grands succès. Lily, ce titre emblématique de l’anti-racisme, revient sur le tapis. Pierre Perret raconte : la chanson est née après une conférence d’Angela Davis à New York. Un moment fort de sa carrière, gravé dans la mémoire collective.

Puis vient l’anecdote savoureuse. En 1993, Barbara souhaite interpréter Lily sur scène. Une condition : qu’il vienne lui apprendre la chanson. La réaction du chanteur ne se fait pas attendre. « T’apprendre à chanter Lily, à toi ? Mais tu es tombée sur la tête ou quoi ? » La salle sourit. Pierre Perret, partagé entre le rire et la surprise, refuse net. Barbara, l’immense Barbara, avait pourtant insisté.

Cette pudeur face au talent de l’autre, ce respect spontané, dit tout de l’homme. Le plateau se régale de ces souvenirs, de cette époque où les artistes se croisaient, se défiaient, se respectaient.

Le Moment Gênant Avec Bertrand Chameroy

Cette atmosphère détendue va soudain basculer. Bertrand Chameroy prend la parole. Il salue l’amour de Pierre Perret pour la langue française, en particulier la langue verte, l’argot, qui colle à ses chansons comme une signature. « À une certaine époque, on vous demandait même de présenter la météo en version argot », rappelle le chroniqueur.

L’humoriste lance un magnéto. Sur l’écran, Pierre Perret se transforme en titi parisien. « Là-haut, ça va être un peu nazebroque. Il faudra se méfier. Il va vaser un peu. Au-dessus de 1500m, on va se tremper les miches dans la farine. On peut s’attendre à ce que quelque chose nous dégringole sur la frite dans les jours à venir. Le moulana s’est fait la paire ». Le plateau rit. L’exercice est savoureux.

Retour en direct. Bertrand Chameroy, visiblement séduit par cette expression, se penche vers le chanteur. « Cette dernière phrase, qu’est-ce que ça signifie ? »

La réponse tombe, sèche et paternelle. « Le moulana, c’est le soleil, mon grand ». Le ton est posé, mais le recadrage est cinglant. Le chroniqueur accuse le coup. Il ne sait plus où se mettre, cherche une contenance, esquisse un sourire gêné. Le plateau retient un rire.

Ce petit moment de malaise en direct, capté par les caméras, révèle la stature de Pierre Perret. L’artiste ne s’en laisse pas compter, même face à un compliment maladroit.

Rebecca, La Femme Qui A Tout Changé

Derrière ce Pierre Perret qui recadre avec aplomb, il y a une femme. Une présence discrète, déterminante. Rebecca, son épouse, décédée en janvier dernier. Sans elle, certaines des chansons les plus audacieuses du répertoire n’auraient jamais vu le jour.

Le Zizi, son plus grand succès, en est l’exemple parfait. « Une fois que la chanson a été faite, je me suis dit que c’était impossible de la chanter parce que je me ferais virer de partout », confie-t-il. L’artiste hésite. Le morceau est trop osé, trop risqué. Il envisage de l’enterrer.

C’est alors que Rebecca intervient. Son ultimatum tombe, sans appel : « Si tu la chantes pas, on divorce ».

La phrase claque. Pierre Perret cède. Il enregistre, il chante, il assume. Le titre devient un phénomène. La carrière bascule. Ce qui aurait pu rester dans un tiroir se transforme en emblème de liberté artistique.

Rebecca n’était pas qu’une épouse. Elle était la boussole, celle qui poussait l’artiste à ne jamais se censurer. Dans l’ombre des succès, elle a joué un rôle crucial, celui de la confiance et de l’audace. Aujourd’hui, son absence pèse lourd.

La Douleur Du Deuil Et Le Refuge Dans La Création

Cette absence, Pierre Perret la porte chaque nuit. « Aujourd’hui, mes nuits sont abominables », confie-t-il dans les colonnes de Paris Match. Les mots sont bruts, sans fard. L’artiste ne cherche pas à enjoliver. La souffrance est là, insupportable.

Depuis janvier, le chanteur tente de survivre à ce vide. Son agenda reste chargé : plateaux télé, promotion de ses livres-CD, rencontres avec le public. Mais derrière le sourire, derrière les anecdotes savoureuses et les recadrages paternels, il y a un homme qui souffre.

Son refuge ? La création. « J’essaie de tourner mes pensées vers la création, parce que ce qui vient de m’arriver est insupportable », explique-t-il. L’écriture devient une bouée. Les mots, un échappatoire. Créer pour ne pas sombrer.

À 91 ans, Pierre Perret fait face au deuil le plus violent de sa vie. Celui qui a chanté l’amour, la liberté, l’audace, se retrouve confronté au silence des nuits sans Rebecca. Mais il tient debout. Par la musique, par les souvenirs, par cette discipline qui l’a toujours porté.

L’artiste continue. Parce qu’elle aurait voulu qu’il continue.