Serge Lama : comment l’accident mortel de ses 22 ans a forgé sa carrière et transformé sa personnalité

Image d'illustration © Buzzday
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L’Accident Qui A Tout Changé

La scène remonte à six décennies, mais les stigmates sont toujours là. À 82 ans, Serge Lama ne peut plus rester debout. « Mon corps est cassé de partout », confie-t-il à La Tribune dimanche ce 14 décembre. Les séquelles d’un drame qui a basculé sa vie à seulement 22 ans.

L’accident a tout emporté. Sa fiancée Liliane Benelli. Le frère d’Enrico Macias. Lui seul a survécu. Un an d’hospitalisation pour se reconstruire physiquement. Toute une vie pour tenter d’effacer les images de cette nuit tragique.

Mais le corps n’oublie jamais. Six décennies plus tard, chaque pas rappelle le choc, chaque douleur ramène au passé. L’artiste qui faisait vibrer les salles françaises ne tient plus debout. Les vertèbres, les articulations, tout porte la marque de ce drame fondateur.

« Il y a eu le Serge timide, mal dans sa peau, puis le Serge habité par une rage d’être le premier », analyse-t-il. L’accident n’a pas seulement brisé son corps. Il a forgé un combattant, presque insupportable parfois, animé par un besoin viscéral de prouver qu’il méritait d’avoir survécu.

Aujourd’hui, assis face aux journalistes, le chanteur porte ce fardeau physique avec une lucidité désarmante. Ses jambes ne le portent plus, mais son cœur bat encore.

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Les Cicatrices Invisibles D’Un Survivant

Le pire, ce ne sont pas les douleurs physiques. C’est ce qui ronge de l’intérieur. « Toute ma vie, cet accident m’a été remis devant les yeux et m’a rappelé la mort de Liliane », confie Serge Lama à Télé Star en septembre dernier. Soixante ans après, les images sont intactes. La culpabilité aussi.

Perdre la femme qu’on aime, c’est déjà un déchirement. Se sentir responsable, c’est une condamnation à perpétuité. « C’est très dur », admet-il simplement. Derrière ces trois mots, tout le poids d’une vie hantée par le « et si ».

Le regret le plus douloureux ? « C’est moi qui l’avais imposée dans la tournée… » Cette phrase revient comme un refrain obsédant. Liliane Benelli n’aurait jamais dû être dans cette voiture. Elle y était pour lui. Parce qu’il avait insisté.

Survivre quand les autres meurent change un homme. Le Serge timide d’avant n’existe plus. À la place : une arrogance, une rage de vaincre, un besoin maladif de justifier sa présence sur terre. « J’avais besoin de le clamer pour y croire », explique-t-il. Comme si chaque victoire, chaque succès pouvait racheter le fait d’être encore en vie.

Mais les fantômes ne s’effacent jamais complètement. Ils accompagnent juste différemment.

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Une Vie De Combats Et De Résilience

De ce trauma est né un guerrier. « Il y a eu le Serge timide, mal dans sa peau, puis le Serge habité par une rage d’être le premier », analyse-t-il dans La Tribune dimanche. L’accident n’a pas seulement brisé son corps. Il a forgé une volonté de fer.

Arrogant, presque insupportable. Serge Lama le reconnaît sans détour. Cette transformation n’était pas un choix, c’était une nécessité. Survivre ne suffisait pas. Il fallait prouver que cette survie avait un sens. Que Liliane n’était pas morte pour rien.

Le chemin n’a jamais été simple. « Ma vie n’a été qu’une suite de combats : la perte de mon grand amour, l’hostilité des claques, des bides… » Chaque échec résonnait comme une confirmation de sa culpabilité. Chaque succès, comme une justification fragile de son existence.

Dans ce milieu du spectacle, il ne s’est jamais senti à sa place. « Je me suis toujours senti à part », confie-t-il. Comme si quelque chose le séparait des autres. Ce quelque chose, c’est la mort qu’il porte en lui depuis soixante ans.

Mais aujourd’hui, à 82 ans, une paix étrange se dessine. « J’ai enfin tout ce dont je rêvais à 40. » Le corps est meurtri, cassé de partout. Pourtant, l’essentiel est là. Vivant.

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L’Amour Qui Sauve

Au milieu des ruines, une lumière. « Mon cœur bat depuis plus de vingt ans pour Luana, une femme merveilleuse de trente-cinq ans ma cadette », déclare Serge Lama. Dans ce corps cassé de partout, incapable de rester debout, le cœur lui n’a jamais été aussi vivant.

Luana Santonino. Un prénom qui résonne comme une renaissance. Rencontrée il y a deux décennies, elle est devenue bien plus qu’une compagne. Elle est la preuve qu’après tant de combats, de pertes, de culpabilité, le bonheur reste possible.

Trente-cinq ans les séparent. Mais qu’importe l’arithmétique quand l’essentiel pulse. « On ne m’a pas oublié. J’ai de la chance », reconnaît l’artiste avec une humilité nouvelle. Cette femme lui a offert ce que les ovations ne peuvent donner : la paix intérieure.

Les séquelles physiques sont irréversibles. Le corps porte à jamais les stigmates de cette nuit de 1965. Mais le regard de Serge Lama a changé. Ce n’est plus celui d’un coupable cherchant à expier. C’est celui d’un homme qui a compris que vivre pleinement était le plus bel hommage à ceux qui sont partis.

À 82 ans, debout ou non, il tient encore. Parce que Luana est là. Parce que l’amour, finalement, a toujours le dernier mot.