Urgences saturées : une fillette de 7 ans attend 9 heures avant d’être examinée à l’hôpital de Morlaix

Image d'illustration © Buzzday
Image d’illustration © Buzzday

Une Nuit D’Attente Commence À 23 Heures

La scène se passe le 10 décembre dans les Côtes-d’Armor. Une fillette de sept ans est très souffrante. Sa grand-mère, septuagénaire de soixante-dix ans, décroche son téléphone et compose le 15. La réponse tombe comme un couperet : l’hôpital le plus proche, à seulement une dizaine de kilomètres, est saturé ce soir-là. Pas de place, pas de solution à proximité.

Il est déjà tard. L’enfant souffre. La vieille dame n’a pas le choix : elle doit rouler jusqu’à Morlaix, dans le Finistère. Une heure de trajet dans la nuit, avec une petite-fille malade à ses côtés. À 23 heures, elles quittent la maison pour rejoindre les urgences.

Le voyage s’étire. Chaque kilomètre pèse. La grand-mère conduit, observe l’enfant du coin de l’œil, espère que tout ira vite une fois sur place. Elle ne sait pas encore que cette nuit ne fait que commencer. Que l’arrivée à l’hôpital ne signifiera pas la fin de l’attente. Qu’au contraire, le plus long reste à venir dans un service où un seul médecin doit gérer des dizaines de cas.

Image d'illustration © Buzzday
Image d’illustration © Buzzday

L’Enfermement Dans Un Service Débordé

Elles arrivent enfin à Morlaix. La fillette est admise immédiatement, emmenée quelque part dans les couloirs de l’hôpital. La grand-mère, elle, reste dans la salle d’attente. Un agent lui annonce d’emblée : « Cela va être très long ». Très long. Les mots résonnent dans l’espace glacé des urgences.

Elle s’installe. Attend. Les minutes s’égrènent. Aucune nouvelle de sa petite-fille. Personne ne vient la renseigner. « J’attends, j’attends. Aucune nouvelle. Plus de 2 heures passent… C’est lugubre », raconte-t-elle. Deux heures dans le silence, les néons blafards, le va-et-vient incessant des brancards. L’atmosphère est pesante, presque irréelle.

Autour d’elle, d’autres visages fatigués. D’autres familles qui patientent. La nuit s’installe pour de bon. La septuagénaire ne dort pas, ne peut pas dormir. Elle scrute chaque mouvement, guette un signe, un appel. Rien ne vient. Les heures se dilatent. Elle comprend peu à peu qu’elle ne reverra pas sa petite-fille avant l’aube.

Dans ce service surchargé, le temps semble suspendu. Et derrière les portes closes, un problème bien plus profond se dessine : le manque de moyens qui transforme chaque urgence en marathon.

Image d'illustration © Buzzday
Image d’illustration © Buzzday

Un Seul Médecin Pour Trente Patients

La septuagénaire finit par comprendre l’ampleur du dysfonctionnement. Autour d’elle, elle compte : entre vingt et trente personnes dans la salle d’attente. Sans compter celles déjà installées dans les boxes, allongées quelque part dans les couloirs. Des dizaines de patients qui attendent tous la même chose : voir un médecin.

« Il y a du personnel, mais ça coince quelque part : un seul médecin pour prendre en charge tous les « allongés » », constate-t-elle. Un seul. Pour toutes ces urgences qui s’accumulent depuis le début de soirée. Pour sa petite-fille de sept ans, pour les autres enfants, pour les adultes en détresse. Un unique praticien face à une marée humaine.

Le personnel infirmier circule, s’active, fait ce qu’il peut. Mais sans médecin pour établir les diagnostics, pour prescrire, pour décider, tout se fige. Les dossiers s’empilent. Les heures s’étirent. La machine est grippée, saturée, à bout de souffle.

La grand-mère observe ce ballet épuisé. Elle comprend que personne n’est responsable individuellement. Le système lui-même est à genoux. Et dans cette nuit interminable, elle n’a plus qu’à attendre que l’unique médecin de garde parvienne enfin jusqu’à sa petite-fille.

Image d'illustration © Buzzday
Image d’illustration © Buzzday

Prise En Charge À 7h Du Matin, Retour À 8h15

L’aube commence à poindre quand une jeune interne finit par apparaître. Il est presque 7 heures du matin. Plus de huit heures que la grand-mère et sa petite-fille ont franchi les portes de l’hôpital. Une nuit entière à attendre dans cette atmosphère lugubre, entre l’angoisse et l’épuisement.

L’interne examine enfin la fillette. Pose ses questions, établit son diagnostic, prescrit le traitement nécessaire. Le soulagement se mêle à l’amertume. Pourquoi avoir dû attendre si longtemps pour quelques minutes de consultation ?

« Nous avons quitté la maison à 23 heures et sommes de retour le lendemain à 8 h 15 », résume la septuagénaire. Un chiffre qui dit tout : plus de neuf heures pour qu’une enfant de sept ans soit soignée. Neuf heures d’une urgence transformée en épreuve d’endurance.

La grand-mère reprend la route avec sa petite-fille, vidée par cette nuit blanche. Elle a eu tout le temps de « méditer in situ sur la misère des hôpitaux ». Une misère qu’elle a vécue de l’intérieur, minute après minute, dans cette salle d’attente où s’accumulent les dysfonctionnements d’un système à bout de souffle.