La lumière fine du matin tranche à travers les rideaux poussiéreux de ma cuisine citadine exiguë. La bouilloire siffle doucement, une douce ponctuation dans le calme.
Je me penche sur le bol à vapeur que je viens de fabriquer: la vapeur de girofle monte brusquement, son parfum épais et mordant.
Ce rituel a commencé il y a une semaine, une curieuse tentative de trouver le soulagement du stress croissant.
Mais aujourd’hui, le parfum est différent, presque assez aiguisé pour pincer les nerfs crus.
« Je fais vraiment ce que je devrais ? »
La question est suspendue dans l’air, sans réponse, pendant que je respire dans la vapeur.
Les jours se sont brouillés dans une boucle répétitive : se réveiller, respirer peu profond avec la vapeur de girofle, une longue journée à la clinique.
Je suis infirmière junior, en train de passer des quarts de travail sous-effectifs, en rentrant à la maison à mes propres angoisses croissantes sur la santé.
Le rituel est destiné à apaiser, mais il souligne mon malaise.
Mon superviseur remarque à peine ma présence à moins qu’il n’y ait une erreur; sinon, je ne suis qu’un fantôme par terre.
