Misophonie : une étude révèle des liens génétiques communs avec l’anxiété, la dépression et le stress post-traumatique

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Quand Les Sons Du Quotidien Deviennent Insupportables

Le bruit d’une mastication, une respiration un peu trop bruyante, le clic répétitif d’un stylo. Pour la plupart des gens, ces sons font partie du décor quotidien. Mais pour d’autres, ils déclenchent une réaction disproportionnée, presque violente. La tension monte instantanément. Le cœur s’accélère. L’envie de fuir la situation devient irrépressible.

Ce n’est pas un simple agacement. C’est la misophonie, une intolérance sonore encore méconnue qui transforme des bruits anodins en véritables déclencheurs physiologiques. « Physiquement, les personnes atteintes de misophonie éprouvent des réactions de combat ou de fuite lorsqu’elles entendent des sons déclencheurs », explique Hélène E. Nuttall dans The Conversation. Le corps passe en alerte maximale, comme face à un danger immédiat.

Pour certains, la maladie devient tellement envahissante qu’ils évitent systématiquement les situations à risque : les repas en famille, les open spaces, les transports en commun. « Pour certaines, la maladie devient si invalidante qu’elles évitent les situations où elles pourraient entendre ces sons, ce qui peut sérieusement affecter leur vie quotidienne et leurs relations », poursuit la chercheuse.

Cette mise à l’écart progressive révèle toute la complexité d’un trouble qui ne se limite pas à une simple sensibilité auditive.

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Une Maladie Complexe Entre Corps, Cerveau Et Émotions

Derrière cette hypersensibilité sonore se cache un mécanisme bien plus profond qu’une simple intolérance auditive. « La misophonie est une maladie complexe impliquant le corps, le cerveau et la conscience », explique Jennifer J. Brout dans Psychology Today. Ce n’est pas un caprice, ni une question de volonté. C’est un dysfonctionnement qui engage tout le système nerveux.

Les chercheurs ont identifié un élément déterminant : le sentiment de culpabilité. Les personnes misophones ne se contentent pas de subir la colère et l’irritation provoquées par les sons déclencheurs. Elles se reprochent violemment ces réactions. « Il a été avancé que la misophonie repose sur un sentiment de culpabilité lié à l’irritation et à la colère provoquées, plutôt que sur les manifestations comportementales de la colère elle-même qui causent la détresse », rapportent des chercheurs cités par l’équipe néerlandaise.

Cette dimension émotionnelle change tout. La souffrance ne vient pas seulement du bruit, mais aussi de la honte de réagir ainsi. De la peur de blesser un proche. De l’incompréhension face à une réaction jugée excessive. Le cerveau entre dans une spirale où l’émotion négative s’autoalimente, créant un cercle vicieux difficile à rompre.

Cette compréhension nouvelle de la maladie ouvre la voie à des recherches qui vont au-delà du simple symptôme auditif.

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La Piste Génétique : Des Liens Troublants Avec L’anxiété Et Le Stress Post-Traumatique

Ces recherches sur les mécanismes émotionnels ont poussé les scientifiques à creuser plus profond. L’équipe du psychiatre Dirk Smit, de l’Université d’Amsterdam, a analysé le profil génétique de personnes misophones. Résultat : des recoupements frappants avec d’autres troubles psychiatriques.

« Il y avait également un chevauchement avec la génétique du SSPT », déclare Smit à Eric W. Dolan de PsyPost. Le syndrome de stress post-traumatique partage une base génétique commune avec la misophonie. « Cela signifie que les gènes qui confèrent une sensibilité au syndrome de stress post-traumatique augmentent également la probabilité de développer une misophonie, ce qui pourrait indiquer un système neurobiologique commun aux deux troubles. »

Cette découverte ouvre une perspective thérapeutique concrète. « Cela pourrait également suggérer que les techniques de traitement utilisées pour le syndrome de stress post-traumatique pourraient aussi être utilisées pour la misophonie », précise le psychiatre.

Les chercheurs identifient aussi des liens génétiques avec les acouphènes, l’anxiété et la dépression. En revanche, ils constatent une indépendance relative avec l’autisme : « Nos résultats suggèrent que la misophonie et le TSA sont des troubles relativement indépendants en ce qui concerne la variation génomique. »

La conclusion de l’étude, publiée dans Frontiers in Neuroscience, ne laisse aucun doute : « Nous concluons que – sur la base de la génétique – la misophonie est fortement associée aux troubles psychiatriques et à un profil de personnalité compatible avec l’anxiété et le syndrome de stress post-traumatique. »

Cette compréhension génétique permet désormais de mesurer l’ampleur réelle du phénomène dans la population.

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18% Des Britanniques Touchés : Une Maladie Bien Plus Répandue Qu’on Ne Le Pense

Cette compréhension génétique a permis de mesurer l’ampleur réelle du phénomène. Une enquête menée au Royaume-Uni révèle un chiffre qui surprend : 18,4% de la population britannique souffrirait de misophonie. Près d’une personne sur cinq.

« Notre enquête a permis de saisir la complexité de cette pathologie », souligne Jane Gregory, qui insiste : « La misophonie, c’est bien plus qu’une simple gêne causée par certains sons. »

Les chercheurs ont également identifié un lien entre la sévérité de la misophonie et la flexibilité mentale. Plus le trouble est grave, moins la personne répond avec précision aux tâches émotionnelles. Une rigidité cognitive qui empêche de gérer les stimuli sonores déclencheurs.

Hélène E. Nuttall explique ce mécanisme : « La rumination est omniprésente dans un éventail de troubles psychiatriques. L’inflexibilité peut se manifester dans la rumination par des déficits dans la capacité à se désengager des éléments émotionnels négatifs des stimuli, ce qui entraîne des difficultés à déplacer l’attention des cognitions négatives vers des cognitions neutres ou positives. »

Les personnes misophones restent bloquées sur le son qui les agresse. Leur cerveau ne parvient pas à s’en détacher, à passer à autre chose. Cette incapacité à désengager l’attention transforme chaque bruit de mastication en torture mentale prolongée.