Sous la pression de l’opinion publique, inquiète de la baisse du pouvoir d’achat, ainsi que des oppositions qui dénonçaient l’inaction face à la forte hausse des prix des carburants, Sébastien Lecornu s’est finalement exprimé hier. Il n’a toutefois pas annoncé de baisse des taxes ni le retour des aides massives mises en place durant la période du Covid, mais plutôt des mesures ciblées à court terme. Surtout, il a présenté une stratégie de long terme reposant sur une électrification massive du pays, notamment dans les secteurs du logement et des transports.
« La guerre au Moyen-Orient n’est pas la nôtre, mais elle a des répercussions directes sur notre quotidien. Heureusement, la France dispose d’un atout majeur : une électricité produite sur son territoire », a déclaré le Premier ministre lors d’une allocution enregistrée à Matignon, destinée à tirer les enseignements de la crise énergétique.
L’objectif du gouvernement est de transformer en profondeur le mix énergétique d’ici 2030. Il s’agit de réduire la dépendance actuelle aux énergies fossiles — aujourd’hui majoritaires — pour atteindre 60 % d’énergie décarbonée dans la consommation finale, conformément à la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dévoilée le 13 février après plusieurs mois de retard. Sébastien Lecornu a également demandé à ses ministres de travailler sur une seconde version de ce plan d’électrification, estimant que la première ne va « pas assez loin », avec une nouvelle présentation attendue dans les prochains jours.
Dans l’immédiat, plusieurs premières mesures ont été annoncées. Le gouvernement prévoit notamment de doubler son soutien à l’électrification, en le faisant passer de 5,5 à 10 milliards d’euros par an. Cet effort sera financé par une réduction des dépenses énergétiques et une réorientation des aides publiques et privées, notamment via les certificats d’économies d’énergie (CEE), vers les solutions électriques.
Fin des chaudières à gaz, accélération du leasing social
Première mesure très forte dans le secteur du logement, l’installation de chauffages au gaz sera interdite à partir de la « fin de cette année » dans les constructions neuves, y compris le logement collectif, et deux millions de logements sociaux ne seront plus chauffés au gaz d’ici à 2050.
Le gouvernement rappelle qu’il souhaite aussi installer chaque année un million de pompes à chaleur « fabriquées en France » d’ici à 2030, ce qui permettrait de diminuer « par deux » le coût du chauffage.
Pour les transports, le gouvernement va aider à financer, à partir de juin, 50 000 véhicules électriques supplémentaires à loyer modéré (leasing social, une promesse d’Emmanuel Macron) pour les « gros rouleurs » touchés par l’envolée des prix des carburants, comme les aides soignantes, les infirmières, les artisans qui utilisent beaucoup leur voiture pour leur travail. Une première enveloppe d’aides pour le leasing social de 50 000 véhicules électriques, mise en place en septembre, avait été entièrement consommée en janvier. Le gouvernement prévoit également des aides pour les véhicules utilitaires ou les poids lourds électriques des entreprises « pouvant aller jusqu’à 100 000 euros par véhicule ». « Tant que nous dépendrons du pétrole et du gaz, nous continuerons de payer le prix des guerres des autres », et par conséquent « nous allons donc devoir changer d’échelle », a insisté Sébastien Lecornu.
Cette volonté d’électrification intervient après le plan de 240 M€ que veut déployer EDF et alors que RTE a redit dans ses derniers rapports qu’il fallait absolument accélération de l’électrification compte tenu de notre production électrique.